Contribution de René Longet, octobre 2007
Le développement durable souffre de deux difficultés : d’une part il est souvent perçu comme vague, d’autre part ses contenus sont souvent méconnus. Le rôle des indicateurs est ici de fournir une réponse. Dès 1997, les Nations Unies avaient retenu un certain nombre de critères dont le suivi doit donner une indication sur l’état de développement durable d’une entité ou d’un territoire. La première liste d’indicateurs avait retenu près de 150 d’entre eux, ce qui s’est avéré trop lourd pour la pratique. Néanmoins un double but était atteint : décliner concrètement en quoi consistent les enjeux principaux du développement durable ; établir une base internationale commune concernant leur suivi, qu’il s’agisse des aspects environnementaux, économiques ou sociaux.
Autrement dit, grâce aux indicateurs, on ne peut plus prétendre ne pas connaître les champs que recouvrent les engagements compris dans le développement durable, et de plus, on peut suivre les évolutions dans chacun des éléments retenus.
Autant dire qu’il y a intérêt à bien faire le choix des indicateurs retenus ! Il arrive par exemple que, suite à des pressions, tel ou tel aspect où les exigences posées ne sont pas atteintes, surtout dans le domaine économique et social d’ailleurs, il faille beaucoup lutter pour voir retenues des notions comme la part du revenu dévolue au loyer (taux d’effort), le degré d’égalité dans les salaires entre hommes et femmes, le nombre de working poor (personnes qui travaillent mais dont le salaire ne permet pas de vivre) ou encore les performances en lecture… Un autre biais peut être de ne retenir que des indicateurs sur lesquels il existe des données. Mais bien entendu cela conduirait à écarter des éléments essentiels au lieu de se donner les moyens de prélever les données.
Un cas classique est la mesure du flux des matières, difficile à repérer car les statistiques économiques des exportations et importations ne sont pas du tout comparables à celles concernant les déchets par exemple, ou la mesure de l’énergie grise, qui ne peut guère se faire qu’à l’aide d’un « bouquet » style « bouquet de la ménagère» retenu pour calculer l’indice des prix. Ainsi il s’agirait de définir un certain nombre de biens et de services représentatifs d’habitudes de consommation données et de suivre leur évolution en termes d’énergie grise.
Le choix opéré en 2003 à travers l’étude MONET, par trois offices fédéraux, sous la direction de l’Office fédérale de la statistique (OFS), échappe à la plupart de ces biais. Il est toutefois remarquable que la définition implicite du développement durable, véritable choix politique, ait été laissée aux experts, au demeurant tout à fait compétents. Toujours est-il que depuis lors la Suisse dispose de sa batterie nationale d’indicateurs, publiée sous forme d’un rapport intitulé «Monitoring du développement durable». Ce rapport, appelé d’après son titre «MONET», fait depuis autorité. Et la démarche a fait école. Un extrait a été publié pour faciliter la diffusion de la pratique, reprenant 17 indicateurs. Un certain nombre de villes et de cantons, regroupés dans le « Cercle Indicateurs », ont adapté le choix fédéral en fonction de leurs situations spécifiques.
Parmi les entités ayant choisi et publié leurs indicateurs, le canton de Vaud. Sous l’impulsion du conseiller d’Etat François Marthaler et de l’Unité Développement durable dirigée par Viviane Keller, un rapport « Indicateurs de développement durable pour le canton de Vaud » a vu le jour au début de cette année. Parcourir l’ensemble des indicateurs constitue un passionnant voyage à travers le développement durable. Il est question de facteurs tels que la répartition des revenus, l’évolution de la pauvreté et du nombre de working poor, la surface habitable par personne, les modes et motifs de déplacement, les voyages en avion et les émissions de gaz carbonique, l’activité physique et l’état de santé, la part des produits du commerce équitable et bio, l’évolution de l’engagement citoyen, de la violence, de l’aide au développement ou de la dette publique…
Les surfaces naturelles, agricoles ou dévolues à la construction se trouvent parmi les indicateurs retenus tout comme les disparités salariales entre hommes et femmes ou la part (stagnante) des énergies renouvelables, rendant du coup tangibles les multiples dimensions d’un développement qui doit permettre à l’économique de s’ouvrir sur le social et l’écologique et vice-versa.
Rassemblées pour la première fois sous cette forme, ces données seront actualisées sur Internet et feront partie de relevés statistiques officiels. Chacun pourra ainsi se persuader que l’évolution d’un territoire vers la durabilité peut être scientifiquement suivie et documentée. Et que le développement durable est tout sauf un engagement abstrait ou à bien plaire