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Le monde à l'épreuve du changement climatique

Contribution de René Longet, novembre 2007

Le froid précoce de cette fin d'automne 2007 nous montre clairement la différence entre météo et climat : la météo est ce que nous vivons au quotidien et sa prédictibilité ne dépasse pas une semaine ; le climat est le contexte plus global qui assure les paramètres de la météo du jour. Autrement dit, la météo peut être rassurante et les perspectives climatiques non, et inversement !

Nous pouvons noter que les scénarios se resserrent autour de probabilités de moins en moins contestables. Les changements climatiques ne sont plus qu’une théorie scientifique à confirmer : c’est déjà une réalité. La population suisse en est consciente vu que l’initiative pour un climat sain à abouti, au bout de 5 mois à peine, avec 120’00 signatures récoltées.

Au niveau international, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC) vient d’ailleurs de publier un résumé de son dernier rapport à l’attention des décideurs au ton alarmant. Adopté en séance plénière par les délégations gouvernementales, ce document affirme notamment que le réchauffement climatique pourrait bien être sous-évalué et encourage fortement les politiques à faire tout leur possible pour réduire les émissions de CO2. Prix Nobel en poche, le GIEC peaufine ses pronostics en vue de la conférence des parties de la convention sur le climat de Bali. Ce sera une des rencontres les plus importantes de ces dernières années. En effet, c'est lors de ce meeting international – qui utilisera pleinement les facilités touristiques et les agréments des beaux hôtels pour préparer les résolutions et les groupes de travail… – que l'on devra mettre sur les rails Kyoto II.

Rappelons tout d'abord que la convention sur le climat des Nations unies est entrée en force en 1994 et que, même si les médias feignent chaque jour de découvrir le thème, il est dans les agendas scientifiques et internationaux depuis maintenant 20 ans (conférence de Toronto de 1988). C'est cette convention, ratifiée également par les Etats-Unis, qui contient l'obligation de base pour chaque Etat signataire de ramener ses émissions de gaz à effet de serre à un niveau acceptable pour les équilibres économiques et écologiques. Quand on pense aux coûts des dommages que va infliger le changement climatique aux économies, notamment des pays qui sont les moins responsables dudit changement, aucun doute sur la convergence entre dommages écologiques et économiques n'est permis.

L'apport du Protocole de Kyoto, entré finalement en vigueur en 2005, est l'engagement pris par les pays industrialisés parties (et là les Etats-Unis de Bush ont refusé de poursuivre dans la voie du protocole pourtant négocié par un certain Al Gore, alors vice-président !), de réaliser des objectifs de réduction. Si les effets de ce protocole ont été tout relatifs, des cibles de réduction drastiques, de l'ordre d'un facteur 3 ou 4, ont toutefois été mises en évidence par divers gouvernements au début du millénaire, et ceci pour l'horizon 2050.

Kyoto II doit maintenant impliquer les pays émergents et, sur ce point, on ne peut pas rejeter la position américaine ; c'est d'ailleurs à peu près le seul point où elle est défendable. Il serait en effet globalement aberrant que les réductions qui seraient obtenues dans le Nord soient purement et simplement annulées par la généralisation planétaire d'un gaspillage non-durable. On sait que si chaque habitant de la Terre voulait gaspiller comme l'Américain moyen, 5 planètes n'y suffiraient pas! Ainsi, Kyoto II doit baliser la voie vers cette société à 2000 Watts qui représente

1) la consommation des pays de l'OCDE des années 60

2) la consommation moyenne mondiale actuelle.

Le projet Novatlantis déployé par les Ecoles Polytechniques Fédérales démontre la faisabilité de cet objectif et illustre bien le lien entre mobilité, énergie et gestion du territoire. C'est, en effet, la répartition des fonctions sur ce dernier, le lien entre urbanisation et desserte en transports publics, la densification qualitative et la réhabilitation des univers suburbains (immeubles en barres, quartiers formatés pour l'automobile, ensembles pavillonnaires) qui détermineront la possibilité d'aller de l'avant ou non.

En rester comme maintenant à une optimisation prudente et lente des performances des objets (de l'ordinateur à la voiture en passant par l'habitat) se révèle un véritable travail de Sysiphe tant qu'on n'a pas mis en œuvre une approche qui joue sur tous les facteurs simultanément et non séparément, et qui permette d'éviter cet effet de rebond qui engloutit les bénéfices obtenus au fur et à mesure. En effet, les véhicules consomment moins et émettent moins de rejets; mais on roule beaucoup plus et il y a toujours plus de véhicules! Et si Minergie se répand, le limiter aux nouvelles villas disséminées dans la campagne condamne celles-ci au mieux à compenser la dépense énergétique nécessaire pour s'y rendre en voiture!

 

Toute véritable préoccupation climatique mène donc directement à l'optimisation de la gestion du territoire, qui doit devenir un véritable outil de la maitrise énergétique.