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Climat, initiative déposée, Conseil fédéral endormi

Contribution de René Longet, mars 2008

Le contraste ne pourrait guère être plus grand : fin février, les ONG environnementales déposent l’initiative populaire fédérale «pour un climat sain». Dix jours auparavant le programme en la matière du Conseil fédéral n’était autre qu’un aveu de faiblesse, une liste de vœux pieux et d’effets d’annonce.

L’initiative, fondée sur des analyses scientifiques internationales, demande d’ici 2020 une réduction de 30% des gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990, date de la négociation de la convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Cet objectif est modeste, si on le compare à ce qu’une étude récente de l’EPFZ (1): pour cette institution dont le sérieux ne peut guère être mis en doute, c’est une division par 9 des émissions qu’il faut obtenir d’ici la fin du siècle ! Certes, l’échéance – la fin du siècle – est encore loin, mais tout de même, passer de la moyenne de 9 t par an et par personne à 1 tonne c’est encore autre chose ! C’est pourquoi, la notion de «décarbonisation» est aujourd’hui mise en avant, sachant que le potentiel de rationalisation est considérable.

Des pistes d’action connues

Ce potentiel passe par des enjeux tels que :

 • Une autre organisation de la mobilité (environ 30% de la consommation d’énergies fossiles)

Il faut tendre vers un meilleur usage de la voiture (autopartage, co-voiturage), des modèles moins polluants ainsi qu’une promotion accrue des transports publics et de la sécurité pour deux-roues et piétons.

Si les performances des véhicules s’améliorent, cela ne doit plus être compensé par un nombre croissant de parcours et de véhicules, ou une augmentation de la puissance de ces derniers. Il faut réussir à aboutir à une réduction nette.

De même, l’aviation doit être réservée aux relations lointaines et réellement nécessaires, ce qui demande un questionnement du tourisme de masse à la recherche de bronzage avant tout et nullement de découvertes nouvelles !

• Une même approche s’impose pour le bâtiment (environ 40% de la consommation, essentiellement pour le chauffage(2))

Dans ce domaine, les standards comme minergie-eco (voir l’association ecobau ou la recommandation SIA112/I bâtir durable(3)) permettent d’atteindre des niveaux de consommation équivalents au quart de la moyenne actuelle. Cependant, sans un programme volontariste de rénovation énergétique, l’essentiel de l’énergie de chauffage continuera d’être brûlé pour rien.

• La réduction de l’énergie grise, à savoir l’énergie contenue dans un bien ou un service (typiquement : pommes importées de Nouvelle Zélande, pavés en provenance de Chine ou du Brésil).

• En dernier lieu, l’augmentation forte de la part des énergies renouvelables (actuellement 17% en Suisse, essentiellement de l’électricité hydraulique)

Solaire, éolien, utilisation de la chaleur de l’environnement, biomasse, bois, etc., ne doivent pas occulter l’indispensable rationalisation de la consommation car sinon, on verserait littéralement ces énergies certes renouvelables mais néanmoins limitées dans un «tonneau sans fond».

En attendant, le changement climatique avance…

Pour mieux illustrer l’urgence de l’action, voici quelques extraits d’une petite revue de presse de ces dernières semaines :

• «Le climat menace les oiseaux. (…) Avec les changements climatiques et sans mesures efficaces, la répartition des oiseaux européens pourrait se déplacer en moyenne de 550 kilomètres vers le nord-est» (Tribune de Genève 15 janvier 2008)

• «Les récifs coralliens sont menacés par le réchauffement climatique.(…) Les Caraïbes ont connu un grave épisode de blanchiment des coraux en 2005. Ce phénomène, dû à une température de l’eau trop élevée, est aggravé par les ouragans et la pollution». (Le Monde, 29 janvier 2008)

• «L’agriculture de l’Asie du Sud et de l’Afrique australe devra s’adapter au climat. L’agriculture des pays du Sud sera un des domaines d’activité humaine les plus affectés par le changement climatique. (…) Ces deux régions, si des mesures importantes d’adaptation ne sont pas prises, ‘souffriront d’impacts négatifs sur plusieurs cultures’ et donc d’une insécurité alimentaire accrue. Dans ces zones, le blé, le riz et le maïs apparaissent comme les plantes requérant la plus grande attention.» (Le Monde 5 février 2008)

• «Le réchauffement de la planète entraîne une ‘désertification’ croissante des océans. (… ) En mer comme sur les terres émergées, le désert est un espace privé de végétaux photosynthétiques. Les chercheurs ont donc cartographié les zones où la quantité de chlorophylle – donc de microalgues – est très faibles, La superficie de ces zones augmente dans quatre bassins : Atlantique nord et sud, Pacifique nord et sud. L’Atlantique nord est le plus touché avec une croissance moyenne de ses déserts de 8,3% par an. L’océan Indien, lui semble relativement épargné. Comment expliquer le phénomène ? Les chercheurs sont parvenus à le mettre en relation avec la température des eaux de surface. Plus celle-ci s’accroît, moins l’activité photosynthétique y est forte...» (Le Monde 5 février 2008)

• «Un Océan Atlantique plus chaud génère davantage de typhons. (…) Deux scientifiques sont arrivés à la conclusion que l’augmentation de l’activité en matière de typhons mesurée dans les années 1996-2005 peut être pour les deux cinquièmes attribuée à l’augmentation de la température des eaux superficielles qui a été de l’ordre de 0,27°C. Autrement dit, une augmentation de l’ordre d’un demi-degré pourra générer une augmentation de l’occurrence des typhons de l’ordre de 40%. (…)» Neue Zürcher Zeitung, 6 février 2008 

• «La fonte des glaciers s’est poursuivie en 2007. (..) Les glaciers suisses ont pratiquement tous perdu en longueur et en volume durant la période de mesure 2006-2007. (…) Alors que 88 glaciers ont continué à se rétracter, un seul (…) a légèrement crû et 2 n’ont pas varié la position de leur langue. (…) » Neue Zürcher Zeitung, 7 février 2008)

• «Les manchots royaux victimes du réchauffement des eaux australes (…) Un groupe de 450 oiseaux a été observé sur neuf années. En observant la démographie de la population étudiée, et en la corrélant avec les températures de surface de l’océan - un témoin des évolutions du climat global - les chercheurs ont établi qu’une augmentation apparemment minime de la température (0,26°C) entraînait un déclin de 9% du taux de survie des adultes. (…) Le réchauffement ayant un effet négatif sur la masse de krill (petits crustacés à la base de la chaîne alimentaire), ils doivent fournir un effort supplémentaire pour trouver à se nourrir.» (Le Monde 13 février 2008)

• «La forêt française se métamorphose sous l’effet du changement climatique. (…) «‘Nos chênes végètent’ confirme Gilles Cardot en montrant des spécimens aux troncs anormalement étroits pour leur âge. Certains n’ont pas résisté aux sécheresses de la fin des années 1980 puis de 2003 et offrent le spectacle de longs fûts décharnés. Ils seront peu à peu remplacés par des châtaigniers ou des robiniers, deux essences que la Société forestière a retenues dans sa liste des variétés de transition, capables de survivre dans les conditions climatiques prévues après 2050. (,,,) La diversification des essences offre pour l’instant la seule parade au changement climatique. (…) » Le Monde 14 février 2008

• «La dérive express de la goélette ‘Tara’ illustre la fragilité de la banquise arctique. (…) 2007, année polaire internationale, restera comme l’année où les scientifiques ont pu observer en direct une formidable accélération dans la réduction de la banquise d’été (…) Le phénomène est tellement rapide que la communauté scientifique semble y perdre ses repères. (…) Comment expliquer cet emballement ? Pour Jean-Claude Gascard, il est essentiellement lié à l’albedo, c’est-à-dire à la propriété de l’océan, de couleur sombre, d’absorber l’essentiel du rayonnement solaire alors que la glace le réfléchit dans les mêmes proportions. Plus la glace fond, plus l’océan se réchauffe et ainsi de suite. (…)» Le Monde 23 février 2008).

L’Europe se bouge

Ce ne sont ici que quelques exemples… Notons qu’en févier, la Commission européenne a publié ses mesures en matière de lutte contre l’augmentation de l’effet de serre. Elle se réfère également à un objectif de réduction de 20% d’ici 2020, mais la panoplie des mesures est autrement plus vaste et concrète que celle prévue en Suisse. Il est vrai qu’elle a intégré un paramètre important dans sa réflexion et action : le calcul du coût de l’inaction qui se monterait entre 5 et 20% du PIB des 27 Etats concernés… Afin de réveiller les instances politiques suisses, il faudrait peut-être faire le même calcul pour notre pays, qui sait !

 

Notes :

1) Communiqué de presse disponible qu’en anglais

2) L’équipement et la climatisation, autres facteurs de consommation, font généralement appel à l’électricité, qu’il s’agit évidemment aussi d’utiliser au mieux, ne serait-ce que pour la réserver aux usages nécessaires comme l’alimentation des chemins de fer, etc.

3) Pour cette recommandation, il existe une symétrie avec l’UE à travers divers référentiels comme HQE, LEED, etc