Contribution de René Longet, avril 2008
L’alimentation est à la convergence de nombreuses préoccupations emblématiques du développement durable. La santé tout d’abord. D’après l’OMS, 80% des maladies cardiovasculaires et des cas de diabète, ainsi que 40% des cancers pourraient être évités par une alimentation plus saine, la renonciation au tabac et une moindre sédentarité. En effet, nous mangeons trop par rapport à nos besoins, trop gras, trop salé, trop sucré, trop carné. De plus, dans notre nourriture se trouvent beaucoup de graisses et de sucres cachés, généralement de mauvaise qualité (sucres raffinés, graisses saturées etc.).
Divers critères ont été mis en place pour aider le public à mieux orienter ses choix. Des campagnes sont lancées, sur un plan international. En 2004, l’OMS adoptait la Stratégie mondiale pour l'alimentation, l'exercice physique et la santé, recommandant de faire au moins une demi-heure d'effort physique par jour, de réduire sa consommation de sucre, de sel, de graisses saturées et de viande tout en augmentant la part des fruits, légumes, légumineuses et céréales non raffinées.
Les références sont des campagnes comme Suissebalance, ou des standards comme Fourchette Verte qui permettent d’aller dans la bonne direction. Les diététiciens et professions apparentées promeuvent des conseils au grand public. Il existe de nombreux documents vulgarisés largement diffusés (par exemple : manger 5 portions de fruits et légumes par jour, la «pyramide alimentaire».
D’autres approches sont actuellement développées autour des aspects culturels, économiques et sociaux de la production agricole. En effet, la rationalisation à outrance de cette dernière a généré des mouvements de réaction face au nivellement jugé excessif des espèces, des paysages, à la perte de savoir faire, de goûts et de spécificités locales intéressantes. « Ne voulons-nous vraiment plus que des pommes golden ou du veau industriel sur des étalages? » se demandent aujourd’hui de nombreux consommateurs.
Valorisation de la production locale
La rationalisation a failli faire disparaître des centaines d’espèces de pommes, de poires, de légumes et d’animaux au point que l’on a pu parler d’une érosion génétique et de risques de dépendance envers quelques sortes particulièrement tributaires de traitement chimiques. Dès lors, s’est développée une valorisation de la production locale et de proximité, incluant des innovations comme l’agriculture contractuelle (des consommateurs contractant avec des producteurs précis pour la fourniture de denrées alimentaires). Le cardon et le pain de seigle sont de retour !
Par ailleurs, donner la préférence à la production de proximité, c’est non seulement sauvegarder des spécificités locales, maintenir un peuplement décentralisé et une zone agricole vivante, mais c’est aussi éviter les transports inutiles fortement consommateurs en énergie. A ce jour, les prix sur le marché ne prennent que très insuffisamment en compte les coûts environnementaux et sociaux. On importe tout, de partout et toute l’année ! Pommes de Nouvelle-Zélande, haricots du Maroc, tomates du Chili, asperges de Thaïlande, tout se banalise, et au prix d’un important dumping écologique et social.
Pour ces types d’approche, les référentiels à disposition sont les AOC (Appellations d’origine contrôlée, accordées selon certaines règles à des produits bien spécifiés), les marques régionales, les promotions en termes de spécialités du terroir et d’espèces rares. A Genève, le label Genève Région Terre Avenir a fortement promu les producteurs locaux. Le mouvement Slow Food insiste sur les spécificités régionales, d’autres (ProSpecieRara par exemple) se vouent à la sauvegarde et à la promotion des espèces rares, d’autres enfin à la mise en valeur d’une approche gustative (semaine du goût). L’agriculture contractuelle permet de retrouver un lien direct entre le producteur et le consommateur (L’opération Tournerêve pour la région genevoise, Lumière des champs pour la région de la Veveyse, et tant d’autres …).
Agriculture conventionnelle ou bio ?
Enfin, à l’interface entre la préoccupation de la santé de la terre et de la santé humaine se trouve le souhait de réduire les intrants agricoles et la pression sur les facteurs de production. L’on se met à rechercher des produits sains et de modes de production proche de la nature. L’agriculture «conventionnelle» prend aujourd’hui en compte la qualité (c.f. «prestations écologiques requises» (subventionnables)), réduit les engrais et les traitements. Néanmoins, ce n’est pas un mode de production qui s’en affranchit, et pour les personnes désireuses d’aller plus loin, le bio aura leur préférence.
En effet, fonctionnant avec la productivité naturelle du sol, la production bio renforce les défenses naturelles des végétaux et animaux en évitant tout traitement et engrais de synthèse. Ce mode de production concerne aujourd’hui entre 2 et 10% de la surface agricole utile dans nos pays, et illustre la parfaite faisabilité technique de ces choix depuis plus d’un siècle.
Dans ce registre, les labels à privilégier seront ceux indiquant une pêche responsable, une agriculture «raisonnée» ou intégrée (soulignant la volonté de réduire mais non de supprimer les apports chimiques), biologique ou biodynamique (inspirée des principes de l’anthroposophie).
Pour une approche intégrée
«Il s'agit de diffuser dans toutes les couches de la population les connaissances relatives à une alimentation saine (…). La population doit (…) recevoir une information intensive sur les interactions positives entre alimentation saine, production agricole conforme au développement durable et activité physique suffisante, ce qui nécessite des programmes spécifiques de formation continue et de motivation pour les enseignants et une amélioration des déclarations de produit». Stratégie 2002 pour le Développement durable, Conseil fédéral.
A juste titre, la stratégie de la Confédération pour le développement durable insiste sur les liens à faire entre les approches. En effet, il existe des produits bio provenant d’Argentine, chargés de leur pesant de pétrole. Et il existe des produits de proximité peu sains, gras, peu digestes et peu bio... Il faut donc clarifier les référentiels et les faire converger:
Santé: davantage de fruits et de légumes, frais et de saison. Ce sera le premier point.
Proximité: valoriser les produits locaux, à faible teneur en énergie grise pour les transports, créant une relation directe avec le producteur. Donc, on ajoutera au critère santé celui de la proximité comme 2e critère.
Diversité et goût: souhait de valoriser des goûts et des spécificités émanant de traditions locales, des espèces en péril. C’est le 3e point.
Production proche de la nature: souci de ne pas dénaturer les animaux, les plantes et la zone agricole elle-même. C’est le 4e critère.
Naturellement, la qualité ne peut pas être au rendez-vous d’un prix nivelé. Mais la question qui est posée est bien celle de savoir pourquoi un élément essentiel de nos vies doit être celui pour lequel nous investirions le moins de moyens (temps et argent). C’est la question d’ordre politique qui est posée à nos sociétés avec pour corollaire la mise en œuvre d’un accès à une alimentation de qualité pour tous. Il faut dissocier cette question qui relève de la politique sociale des modes de production et cesser d’en reporter la charge sur les producteurs.
Conseil
Pour un peu plus de bon sens et le retour des saisons dans les rayons des supermarchés, signez le manifeste sur Ras la fraise !