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L'Afrique, notre poubelle ?

Contribution de René Longet, février 2008

Il est de bon ton, sous des motifs humanitaires, de recycler nos équipements usagés en Afrique. A Madagascar, il n’est pas rare de croiser des véhicules avec un autocollant qui nous est familier – les lettres CH – que personne n’a pris soin d’enlever. La traversée plus ou moins aventureuse du Sahara pour laisser son véhicule au bord de l’Océan se pratique depuis plusieurs décennies. Des conteneurs pleins d’ordinateurs, également, échouent dans des décharges par manque de pièces détachées ou plus simplement d’électricité. Dernier produit à être ainsi exporté : nos portables usagés.

Cette invasion de produits second hand promis à une nouvelle vie s’étend aussi aux médicaments et aux habits. Tas de pilules multicolores sur les marchés, périmés et privés depuis longtemps de tout mode d’emploi et d’identification, habits usagés qui concurrencent l’artisanat local du tissu et les tailleurs, livres sur comment perdre du poids ou comment apprendre à skier se retrouvent de même sur les étals des vendeurs ambulants. L’enfer, décidément, est pavé de bonnes intentions.

Oui, l’intention est bonne, excellente même. Un bien dont on ne veut plus ne doit pas être automatiquement jeté, mais recyclé, réparé, réutilisé. Rien à redire donc, au contraire ! Les choses deviennent plus problématiques quand il apparaît que ces biens comportent des effets environnementaux négatifs : nos véhicules usagés exportés sont généralement aussi hors normes anti-pollution et contribuent à empester l’air des capitales du Sud ; les ordinateurs et portables comportent un grand nombre de composants polluants qui exigeraient une filière efficace de recyclage afin de ne pas contaminer les ressources naturelles telles que le sol et l’eau. Très souvent on ne sait pas où finissent ces pièces, piles et autres éléments hautement toxiques ou simplement encombrants. Toute action de ce type doit donc absolument livrer les preuves de la maîtrise du cycle de vie.

Afin de ne pas voir les tas de vieux ordinateurs entassés au bord d’un fleuve et les piles restées en plan se multiplier, assurons-nous de la réalité du recyclage jusqu’au bout ! Si amener un objet qui peut encore servir en Afrique est effectivement une contribution salutaire à la minimisation du gaspillage, il faut être sûr que sur place, on arrive à organiser une filière de réemploi, de valorisation, de recyclage, ou de récolte. L’existence, sur place, de structures aptes à traiter nos biens de consommation exportés devenus déchets, surtout quant il s’agit d’appareils électroniques, devrait être une condition nécessaire pour permettre l’exportation de ces objets. Il faut s’assurer que la boucle peut réellement être bouclée et ne pas simplement déplacer les objets pour qu’ils polluent ailleurs, ou qu’ils n’y servent à rien. Soyons vigilants avec ces fausses bonnes idées qui nous amènent à faire du recyclage tronqué.